Schweblin Samanta

Samanta Schweblin, Kentukis

Objets inanimés, avez-vous donc une âme?

Et quel est donc le prix que l’Homme serait prêt à payer pour chercher un semblant d’amitié à l’autre bout du monde? Un pouce levé sur une photo de vacances, cent partages sur un plat du jour valent-ils tant d’engouement et tant d’énergie? La solitude devient-elle si insupportable qu’il parait impossible de créer des liens autrement qu’à travers un écran et un clavier?

Les souvenirs nous restent, nous qui n’avions d’autres choix que de trouver quelques amis de chair et de sang. Des amis qu’il était possible d’étreindre, des amitiés qui n’obéissaient pas à des règles d’ingérence et des vies privées qui ne devenaient publiques que volontairement dans la plupart des cas. On en devient nostalgique sans pour autant oublier de charger tous nos appareils. Et le piège se referme.

« Kentukis » est un roman (presque) dystopique. Une sorte de pamphlet délicat contre un avenir fait de relations superficielles et d’exposition de l’intimité. Un roman chorale qui attendrit parfois, qui inquiète souvent. Un récit qui rend nos smartphones et nos tablettes vivants et qui nous fait vivre nos vies à travers celles des autres.

L’auteure réussit à captiver avec des histoires toutes très différentes et si semblables à la fois. Elle démontre que le piège se referme sur des êtres aux rêves ou phantasmes disparates mais qui tous, sombrent dans ce que le voyeurisme a de plus malsain car il devient volontaire et accepté. Voir et être vu. Par peur d’être seul, par manque d’affection, pour se sentir vivant à travers quelques likes.

Cela rassure de voir pire malheur que le sien, cela angoisse de voir plus beau, plus jeune, plus heureux… Le monde ne se voit plus qu’à travers un écran comme un touriste qui ne voit les paysages qu’à travers son appareil-photos pour en abreuver les réseaux au lieu de contempler les beautés de ce monde de ses propres yeux.

Le virtuel inonde et le réel s’oublie tandis que nous espérons un semblant d’immortalité en gravant dans un marbre de vacuité nos si courtes vies.

4ème de couv’

Le phénomène se propage rapidement aux quatre coins de la planète. On les appelle « kentukis » et tout le monde en parle, tout le monde veut en avoir un. Souris, corbeau, dragon, lapin : ce sont des animaux en peluche apparemment mignons et inoffensifs qui errent dans les différentes pièces de la maison. En réalité, il s’agit de robots avec des caméras incorporées à la place des yeux, et des roues pour se déplacer. Ils sont connectés au hasard à un utilisateur anonyme qui a acheté le droit de les habiter, et qui peut se trouver n’importe où sur la planète. Voilà pourquoi ils ne sont jamais complètement inoffensifs : ils scrutent, ils bougent et ils interviennent dans la vie d’une autre personne.
Ainsi, une retraitée de Lima peut suivre la vie d’une adolescente allemande et se réjouir ou s’inquiéter pour son sort ; un garçon de Guatemala peut se lancer dans une aventure en Norvège et voir la neige pour la première fois ; ou bien, un Italien, père fraichement divorcé, peut combler le vide laissé par son ex-femme. Les possibilités sont infinies et pas toujours très claires : outre la curiosité et la tendresse, le nouveau dispositif déchaîne de nouvelles formes de voyeurisme, d’obsession, de sexualité et de danger.
Par un langage et un imaginaire que l’on compare à ceux de Shirley Jackson et David Lynch, Samanta Schweblin transporte le lecteur dans une atmosphère hypnotique, aux frontières du thriller et de la science-fiction, nous offrant une histoire surprenante, sans point mort et radicalement contemporaine.

3 réponses »

A vot' bon coeur m'sieurs dames...

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