Coups de coeur

R.J.Ellory, Seul le silence ♥

bm_3877_1844285Quelques oiseaux lançant leurs cris au delà de la fenêtre entre-ouverte, quelques ronflements de moteurs lointains et matinaux, quelques volets qui s’ouvrent en grinçant sur une nouvelles journée et derrière tout cela : le silence. Celui du dimanche matin, à cette heure où l’aube vient à peine de poindre et où quelques petits dormeurs n’aspirent qu’à cette sérénité que ces instants apportent et à ces moments propices à l’imagination.

Le silence : celui qui précède chaque phrase lorsqu’on reprend son souffle. Celui qui s’installe juste une minute pour rendre hommage et qui en prouve l’importance et la valeur. Celui qui se noie dans un regard entre deux êtres qui n’ont plus besoins de mots pour se comprendre. Ce silence là est salvateur et essentiel pour la contemplative que je suis.

Mais ce silence là est aussi celui qui plane parfois sur un champ de bataille avant l’arrivée des tirs et des bombes. Il est semblable à celui qu’abhorrent les solitaires qui n’ont pas choisi de l’être. Il est le temps qui passe, il reflète la fin de la vie. Au bout du chemin, il ne reste que lui : le silence.

Ce roman m’aura parlé comme rarement. Il a touché en moi ce qu’il y a de plus profond, il a trouvé ce qui me construit : les doutes, les incertitudes puis la volonté inébranlable d’écrire. Puis les doutes. Encore. Il a accentué cette soif inextinguible, cette volonté de vouloir laisser ne serait-ce qu’une trace, aussi légère et vaine soit-elle.

R.J. Ellory a confié dans une interview qu’un roman doit laisser le souvenir d’un sentiment alors qu’on en oublie le nom des personnages et l’intrigue. Que c’était son point de départ lorsqu’il écrivait. Le sentiment est prégnant et me poursuivra sans doute fort longtemps mais son personnage principal l’est tout autant et cela prouve, si cela n’était pas déjà fait, qu’Ellory est un très grand écrivain.

30 ans de traversée américaine dans un pays puritain et intolérant. Ce genre d’époque et d’endroit qui font croire à un enfant que quelques arpents de terre délimitent le monde. 30 ans et 2 guerres, un président assassiné et un pasteur militant au discours intemporel. 30 ans de la vie d’un homme que l’on voit grandir et souffrir. 30 ans d’empathie totale. 30 ans d’hommage aux grands écrivains américains comme Faulkner, Steinbeck ou encore Hemingway. 30 ans d’intolérance raciale et religieuse, d’esprits étriqués mais aussi de grandeur d’âme.

Sentiments et émotions prennent corps sous la plume d’Ellory. Ils atteignent l’âme et transpercent le cœur comme des flèches pour ne plus en ressortir. La douleur, la joie, la tristesse et l’amour aussi deviennent réels. Tout y est si tangible et prend une telle place qu’ils annihilent même les quelques indices disséminés ça et là et qui auraient pu créer certains pressentiments quant à la conclusion. Du grand art.

Et cette prose, digne des plus grands. Ces phrases magnifiques qui emportent et ouvrent grandes les portes de l’esprit. Ces mots si simples qui, mit les uns à côté des autres se font poésie et musique…La littérature est une porte ouverte sur le monde et Ellory en détient l’une des clés.

 

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Humeur musicale

Une évidence. La reprise magnifique d’une chanson intemporelle par l’excellent groupe Disturbed

4ème de couv’

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Joseph Vaughan, écrivain à succès, tient en joue un tueur en série, dans l’ombre duquel il vit depuis bientôt trente ans. Joseph a douze ans lorsqu’il découvre dans son village de Géorgie le corps horriblement mutilé d’une fillette assassinée.

La première victime d’une longue série qui laissera longtemps la police impuissante. Des années plus tard, lorsque l’affaire semble enfin élucidée, Joseph décide de changer de vie et de s’installer à New York pour oublier les séquelles de cette histoire qui l’a touché de trop près.

Lorsqu’il comprend que le tueur est toujours à l’œuvre, il n’a d’autre solution pour échapper à ses démons, alors que les cadavres d’enfants se multiplient, que de reprendre une enquête qui le hante afin de démasquer le vrai coupable, dont l’identité ne sera révélée que dans les toutes dernières pages.

Plus encore qu’un roman de serial killer à la mécanique parfaite et au suspense constant, « Seul le silence » marque une date dans l’histoire du thriller.

Avec ce récit crépusculaire à la noirceur absolue, sans concession aucune, R. J.Ellory évoque autant William Styron que Norman Mailer par la puissance de son écriture et la complexité des émotions qu’il met en jeu.

     

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41 réponses »

  1. Une très bonne lecture en effet, avec un vrai fond et une très belle plume. Quelques longueurs néanmoins, mais l’ensemble reste très positif.

  2. Je n’ai toujours pas réussi à lire ce roman, il est tout le temps pris à la bibliothèque .. mais je compte bien mettre la main dessus un de ces jours .. bien sûr ta chronique est très belle.

  3. Très belle chronique Nath, qui rend un vibrant hommage à ce magnifique roman d’Ellory, qui est le premier que j’ai lu de lui et que j’ai adoré. Aucun de ses autres romans ne m’a autant touché, même s’il en est de très bons dans les suivants…. que je n’ai pas tous lus…
    La bise, mon amie. Et j’en profite pour te dire encore le bonheur que j’ai eu à te revoir à St Maur, même si ce fut, comme toujours, trop bref…

  4. Comment fais tu pour trouver et assembler aussi bien les mots ? Ne devrais tu pas te mettre à l’écriture tout simplement ?? Oui ce qu’il me reste de ce roman ce n’est pas réellement une intrigue, ce sont des sentiments et quels sentiments !! RJ a vraiment un don pour transformer une intrigue en analyse subtile d’une époque, d’une contrée et de caractères.
    Un roman qu’on est pas près d’oublier !!
    Merci pour être belle chronique !

  5. Superbe chronique ! Ce roman m’aura également touché, mais seulement quelques temps après l’avoir fini. La fin m’a bouleversé, alors que je l’ai trouvé un peu long à la lecture. Au final, une excellente histoire, très sombre. Et le choix que tu as de mettre cette reprise est excellente 😉 J’écoute cette chanson en boucle depuis des mois :p

  6. Une chronique travaillée et émouvante pour un roman qui l’est tout autant. Un chef d’oeuvre.
    Bien vu le choix de la musique !

  7. J’ai eu exactement le même coup de coeur que toi pour ce livre. Il reste à date mon préféré de l’auteur mais je n’en ai lu que 4 je crois donc ça peut évoluer.
    Merci pour ta superbe chronique. Tu le sais j’aime tes mots. Tu me transportes à chaque fois 🙂

  8. Je suis fan d’Ellory 🙂 !!
    Ce livre est génial ^^
    j’ai hâte de faire le prochain mois Ellory comme les deux dernières années : challenge, concours & co ! Cela va être top 🙂

A vot' bon coeur m'sieurs dames...

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