Nouvelle

Demain

1

J’ignore si avant que le Monde devienne ce cloaque puant et désertifié qu’il est aujourd’hui, l’Homme était aussi égoïste et dégénéré. 

Ici, il faut combattre pour manger et survivre. La moindre bouchée peut vous coûter la vie et c’est sans doute comme ça à travers le monde entier, même si je n’ai aucune preuve de ce que j’avance puisque voyager est une aventure bien trop dangereuse pour le commun des mortels. Je fais partie de ce commun, autant dire que je ne me suis jamais risqué à franchir les limites de mon territoire. La curiosité est souvent mortelle ici-bas.

On sait que l’Homme a transformé le Monde. Ça ne me surprend pas. Il reste quelques signes çà et là comme ces rails d’acier qui, soi-disant, servaient à transporter des voyageurs. Ma Famille en discute parfois le soir autour du feu mais ça tourne vite au pugilat. Il y a ceux qui pensent que la vie était facile avant, que les Hommes vivaient en paix sans se soucier du prochain repas. Et puis il y a les autres, ceux qui sont persuadés que la Monde a toujours été ainsi. Je me demande souvent si les différences d’opinion ne seraient pas responsables de tout cela.

J’ai entendu bon nombre de légendes depuis ma jeunesse. La plupart est sans doute fondée sur des faits réels mais au fil du temps, tout se transforme. Chaque conteur y ajoute son détail personnel afin de laisser une trace infime de son passage sur cette terre. C’est une volonté ridiculement humaine que de vouloir à tout prix passer à la postérité et je n’ai jamais vraiment compris cette quête absolue du souvenir. Nous naissons, nous survivons et puis nous mourons. Point final. Le mieux est encore de traverser nos existences du mieux que nous pouvons, à faire preuve de loyauté envers ceux qui nous nourrissent et prennent soin de nous. Le reste n’est qu’une question de chance ou de destin selon le point de vue de chacun.

Je me souviens de quelques unes de ces histoires. Certaines paraissent plausibles comme celle de ce roi qui se fit décapiter par son peuple affamé. D’autres ne peuvent qu’être des élucubrations d’esprits trop embrumés par de la gnôle de mauvaise qualité… Des voyages dans des objets volants, un chien dans l’espace… et pourquoi pas des Hommes libres et égaux tant qu’on y est ! 

Chacun peut bien imaginer l’Ancien Monde comme il l’entend et j’avoue que parfois, je m’identifie à certains de ces personnages de légende. Je ferme les yeux et mon imagination fait le reste. Les loisirs sont plutôt rares, le rêve est à peu près tout ce qu’il reste.

Toujours est-il que le Monde tel que je le connais est fort éloigné des fantasmes de conteurs. Tout n’est que marécages nauséabonds traversés de nuages de vapeurs pollués. Le soleil traverse les brumes deux à trois heures par jour, tout juste de quoi chasser les animaux sortis de leurs cachettes pour l’occasion. C’est con un lapin, ça ne retient pas la leçon mais c’est à peu près la seule espèce avec les rats et les insectes à se reproduire encore correctement. Ça nourrit ma Famille en tout cas et j’ai toujours droit à des félicitations quand j’en rapporte au retour de la chasse. 

Nous vivons sur un îlot de quelques centaines de mètres carrés, à l’abri des bulles puantes et brûlantes de soufre que les marécages accouchent continuellement. Les traverser à l’ombre est dangereux à cause des créatures qui y vivent mais cela nous protège aussi car c’est ce qu’il y a de l’autre côté qui effraie la majorité d’entre nous. Des villages comme le nôtre, disséminés ça et là avec des Familles plus ou moins semblables à la mienne. Certaines sont méfiantes mais à peu près pacifiques. D’autres ne doivent pas être approchées si l’on tient à cette vie. Il y a quelques années, j’ai failli servir de repas à l’une d’entre elles. Ils devaient en avoir marre de bouffer du rat, l’occasion était trop belle. Comment je m’en suis sorti est une autre histoire mais je suis moins con qu’un lapin, j’ai retenu la leçon. 

Nous sommes une trentaine à vivre ici. Nous avons été plus nombreux mais la maladie, les marécages ou les Autres ont eu raison de certains d’entre nous. J’avais un frère. Il a été emporté par une des créatures en voulant traverser la nuit. Son imprudence lui a coûté cher. Je me sens seul depuis son départ et j’ai plusieurs fois pensé à le rejoindre. Ce qui me retient ? L’instinct de survie, la loyauté envers ma Famille. Je les aide à survivre, c’est mon devoir. Et puis il y a Sacha.

Sacha est la seule enfant survivante de la Famille, elle est précieuse. Elle représente l’Avenir même s’il n’est pas certain qu’il y en ait un. Elle est robuste Sacha. Elle a résisté à toutes les maladies qui nous anéantissent. On chasse souvent ensemble, elle sait repérer les terriers presque aussi bien que moi. Elle me parle, je l’écoute. Elle me réconforte, je la protège. Nous sommes amis.

La nuit, je dors devant sa case. On ne sait jamais ce qui peut se passer. Ça rassure tout le monde, on me fait confiance. On passe des heures et des heures ensemble, je ne la lâche pas d’une semelle. Lorsqu’elle ne m’accompagne pas à la chasse, je me sens inquiet. Dès mon retour, je cours vérifier si elle va bien. Elle me rassure alors d’un regard ou d’une main sur la tête. Les paroles sont inutiles, l’affection que nous nous portons est au-delà des mots. Ce Monde est encore capable d’offrir cela.

2

Ce matin, un étranger est arrivé. Il est rare de voir passer des Nomades par ici. Ils sont peu nombreux et les dangers sont tels que se déplacer seul relève du suicide. Celui-ci est arrivé par le Nord, à l’heure où le soleil est au plus haut. Je faisais partie de la garde et je l’ai senti arriver avant même qu’on l’aperçoive. Il était vêtu d’un manteau long, de bottes solides et une fourrure de ce qui devait avoir été un renard lui recouvrait le haut du dos. C’est ça que j’ai senti d’aussi loin, ça puait comme la mort. Un bâton pointu à l’épaule et un couteau à la ceinture, il semblait savoir où il allait. Il n’avait pas l’air menaçant mais personne n’aime les étrangers et nous l’avons accueilli comme tel. Ma Famille est pacifique mais elle n’en est pas moins prudente et ce Nomade avait beau être annonciateur de nouvelles d’Ailleurs, ce dont tout le monde est friand, il fallait rester sur ses gardes.

Lorsqu’il s’est arrêté devant nos armes, il avait les bras écartés le long du corps et les paumes en avant comme le veut le Code. On distinguait ses yeux plissés de rides derrière les pans de sa capuche. Je ne sentais rien de menaçant en lui et je le fis comprendre à mes compagnons. Quand ils baissèrent les armes, l’étranger posa la paume de sa main sur son sternum afin de nous saluer et nous faire comprendre qu’il venait en paix.

  • « Que ce jour soit paisible. Je viens quémander un peu d’eau et prendre quelques heures de repos si vous avez la bonté d’accepter un humble voyageur »

La curiosité, la nouveauté et que sais-je encore nous incitèrent à l’accueillir dans notre village. Nous l’accompagnâmes jusqu’à la place centrale où il déposa sa besace et ses armes. Ma famille y était rassemblée et les regards se firent méfiants ou curieux mais l’hospitalité l’emporta et Lexa, la Mère de notre village, lui souhaita la bienvenue en lui apportant une gourde d’eau et quelques tubercules bouillis.

“ Que ce jour soit paisible voyageur, nous te souhaitons la bienvenue. Tes pas t’ont amené jusqu’à nous, donne nous ton nom et des nouvelles du Monde, nous t’offrirons le repos en échange”

L’homme saisit l’eau et la nourriture, bu avec délectation quelques gorgées et s’inclina devant Lexa.

“Merci pour ta bonté. Mon nom est Markus et je vous conterai les nouvelles d’Ailleurs. Cependant, j’aimerais me reposer un peu avant. Ma marche a été longue et éprouvante”

A contre cœur, nul n’insista malgré l’impatience qui nous rongeait. Nous étions tous si isolés que la moindre nouveauté tenait presque du miracle. Et puis, qui sait… les nouvelles du Monde pouvaient être bonnes. Peut-être que plus loin, l’air était devenu plus respirable, peut-être qu’une civilisation en paix naissait à quelques encablures de notre petit îlot. Qu’il était doux de l’imaginer…

L’homme entra dans une des cases que Mère Lexa lui indiqua. Nous ne le revîmes que bien plus tard alors que nous partagions notre repas du soir autour du feu. Il avait enlevé sa fourrure puante et son long manteau, son visage paraissait plus détendu. D’un geste, il fut invité à nous rejoindre. Il s’assit en tailleur et prit le bol qui lui était tendu. Plus personne ne parlait, nous étions si pleins d’empressement que même la nourriture n’intéressait plus personne. Mon bol gisait face à moi, à demi rempli de soupe de rat. La mâchoire ouverte, un gémissement d’impatience montait dans ma gorge. Sacha, assise à côté de moi, posa sa main sur mon épaule et je sentis plus que je ne vis, toute la fougue et l’espoir de sa jeunesse. Et la crainte aussi. Ce sentiment paradoxal de vouloir de la nouveauté et d’avoir peur du changement. Markus nous regarda, prit une inspiration et commença son récit.

“Je marche depuis si longtemps que j’en oublie parfois d’où je viens. La distance que j’ai parcourue, les Hommes que j’ai vus… tout s’entremêle et j’espère que vous me pardonnerez mes piètres talents de conteur.

Je suis heureux d’avoir trouvé un abri parmi vous car comme vous le savez, tous nos semblables ne  sont pas aussi accueillants. J’ai évité, autant que faire se peut, la région des tribus anthropophages. Ce sont les pires et ils m’ont forcé à faire un détour de plusieurs jours, ce qui m’a amené jusqu’ici.

Les nouvelles que je vous apporte ne sont pas des meilleures. On ne respire pas mieux dans aucune des régions que j’ai traversées. Les brumes empoisonnées sont même pires dans le Centre. Les quelques familles qui tentent d’y survivre meurent de faim ou de maladies. Il n’y a presque plus de naissances et les rares enfants qui voient le jour ne dépassent pas les deux ou trois ans. L’Humanité s’éteint.”

Les souffles retenus devinrent gémissements. Les espoirs se transformèrent en amertume. Le cœur battant, je regardais Sacha qui ne retenait plus ses larmes.  Ses grands yeux tristes avaient perdu toute l’espérance qui les avait animés quelques temps auparavant. Seul y subsistait un écho qui s’évanouissait dans la brume. Elle releva la tête vers Markus et l’apostropha :

N’as-tu rien d’autre à nous apporter à part de la désespérance? Rien, pas même un détail insignifiant qui pourrait nous faire garder un peu de goût à cette existence? Es-tu en train de nous dire que nous allons tous mourir bientôt et qu’il ne restera rien de nous? Que personne ne pourra se souvenir de nous?  Que nous allons être effacés de l’Histoire et qu’il n’y aura que les rats qui pourront proliférer et se nourrir de nos cadavres?!”

Markus regarda Sacha avec douceur.

“Si petite,  il reste peut-être un espoir…”

Le temps se figea, le brouhaha causé par le discours de Markus stoppa net, chacun suspendu à ses lèvres et attendant qu’il parle enfin.

Je suis originaire de l’Est où la vie est sensiblement la même qu’ici. Comme vous le savez, j’ai traversé des contrées qui ne diffèrent de celles-ci que par d’infimes détails. Les Hommes y sont semblables: Féroces, cruels ou cherchant un semblant de paix comme vous. Cependant, j’ai croisé le chemin d’autres Nomades qui m’ont tous raconté la même histoire: Il existe à l’Ouest, une civilisation au bord du Grand Lac. Des Hommes y construiraient une cité, l’air y serait respirable grâce aux vents qui repousserait les brumes. Les enfants y survivraient. La vie reprendrait ses droits…

Je suis conscient qu’il s’agit probablement d’une légende circulant au gré des rencontres et je suis moi-même en train de la propager mais je veux y croire et je pars vers l’Ouest. Tout vaut mieux que d’attendre la mort.

Le silence était épais. Chacun regardait ce Nomade qui venait apporter une si incroyable nouvelle. Personne n’osait vraiment y croire, comme refusant l’espoir de peur d’être anéanti s’il était vain. Nous osions à peine nous regarder, voulant peut-être garder ce sentiment intime, ce rêve de renaissance que Markus venait de nous apporter. Les yeux dans le vague, savourant presque ce moment, je m’imaginais marchant aux côtés de Sacha. Elle était devenue adulte et nous courions au bord du Grand Lac, jouant à nous éclabousser. Je n’avais plus rien à craindre pour elle, je pouvais vieillir en paix…

C’est la voix de Sacha qui me ramena à la réalité.

“Ce que tu nous dis est une incroyable nouvelle. Il n’existe pas de fumée sans feu et si cette histoire circule autant, cela sous-entend qu’il y a forcément quelque chose là-bas à l’Ouest. A combien de jours de marche estimes-tu le voyage?

“Comment le saurais-je? Je ne possède aucune carte hormis celle que je dessine au fur et à mesure de mon chemin. Cela pourrait être cent jours comme mille…Aucun de ceux qui m’ont conté cette histoire n’a pu me le dire. Sans compter les détours pour éviter les régions les plus dangereuses…Je pars demain matin. Si certains d’entre vous souhaitent me suivre, ils seront les bienvenus.

Je restais muet de saisissement mais des voix s’élevèrent. Tout le monde ou presque parlait en même temps. Je reconnaissais chacune d’entre elles, elles reflétaient tous les sentiments qu’un humain est capable d’exprimer. L’espoir, l’envie, l’empressement, la joie, la peur…et la colère aussi. Celle de Mère Lexa qui se mit à crier plus fort encore que les autres.

« ARRÊTEZ! »

Le silence se fit. Tous les regards convergèrent vers celle qui était notre aînée. Elle était debout et son visage était congestionné.

   “Nous t’avons offert hospitalité, eau et nourriture  alors que nous en manquons déjà tant.      De quel droit donnes-tu cet espoir chimérique à ma Famille? De quel droit oses-tu proposer que nous te suivions dans ta folie? Nous sommes à l’abri sur cet ilôt et nous survivons! Nos morts sont enterrés ici et tu voudrais nous en éloigner pour une légende?”

Lexa nous regarda. Elle posa son regard délavé sur la trentaine d’âmes qu’elle essayait de protéger. Ce qu’elle voyait, c’était des yeux emplis d’espérance et de soif d’aventures, des visages émaciés et fatigués qui s’éclairaient sous l’espoir d’un changement, si illusoire soit-il. 

 Sa voix se fit plus douce quand elle s’adressa à nous.

” Ne l’écoutez pas je vous en conjure. Nous ne pouvons croire à cette fable sans preuve. Partir serait un suicide et mon rôle est de vous en convaincre.”

Finnegan, un des hommes du village, se leva à son tour et apostropha Lexa.

” Lexa, nous t’aimons et te respectons tous mais comment peux-tu nous demander cela alors que nous venons tous d’entendre cette merveilleuse nouvelle? Faudrait-il l’ignorer et continuer notre misérable existence comme si de rien n’était? Si cette cité existe, nous nous devons de la chercher et si nous la trouvons, nous viendrons chercher ceux qui seront restés.”

Le silence se fit comme si notre camarade avait décidé à lui seul de notre destin. Plus personne n’osait regarder notre Mère qui paraissait accablée. Il y avait dans l’air, une sorte d’excitation qui nous galvanisait. Markus se taisait lui aussi, il était conscient d’avoir semé une graine qui croissait dans un terreau fertile. Il paraissait à la fois gêné et satisfait de ce qu’il avait créé.

Après un silence qui sembla interminable, Lexa reprit la parole.

Je ne peux vous dicter vos décisions. Je n’en ai ni l’envie, ni la force. Alors soit mais je pose mes conditions. Demain matin partiront quatre d’entre nous: deux hommes et deux femmes de robustesse suffisante pour supporter un tel voyage. Les autres resteront pour assurer la survie du groupe. N’oublions pas les plus faibles qui ne pourraient survivre si tous les valides s’en vont. Quatre personnes, pas une de plus. Ce n’est pas discutable. Je vous laisse le choix des noms.

Lexa nous tourna le dos et rentra dans sa case. Nous nous dévisagions tous, presque avec défiance à présent. Qui allait partir? Qui allait rester? Nous ne pouvions qu’approuver la décision de Lexa qui était guidée par la sagesse. Les conversations reprirent, chacun prêchant pour sa propre paroisse et tentant de convaincre les autres du bien fondé de leur départ. Qui était bon pisteur ou bon chasseur, qui était résistant aux longues marches. Chaque talent et qualité étaient mis en avant comme si notre vie en dépendait. Et c’était le cas non?

Markus ne participait pas au débat. Il nous observait, tentant de deviner quels seraient ses compagnons de route. J’écoutais attentivement les discussions animées ne sachant trop où me placer. Je me sentais déchiré entre l’envie de partir et mon devoir de protection envers ma Famille.

Sacha ne parlait pas non plus. Son regard était perdu dans le vague, je la sentais inquiète et impatiente. D’un geste, je lui rappela mon existence. Elle sursauta et ses yeux pleins d’amour se posèrent sur moi.

”T’ais-je déjà dit que tu es mon seul et unique ami?”

Elle m’enlaca et posa sa tête contre moi. 

4

La nuit fut courte.

Il avait été décidé, au bout de plusieurs heures de débat parfois houleux, que Finnegan, Isahia, Madi et Abigail partiraient pour le Grand Voyage. Deux hommes et deux femmes. Quatre personnes, pas une de plus. La volonté de Lexa avait été respectée. Ils avaient fait leurs adieux à la Famille avant de prendre quelques heures de repos, n’y mettant pas toute l’émotion qu’ils ressentaient de peur que cela leur porte malheur et qu’ils ne puissent jamais revoir les leurs.

Le départ était prévu à l’aube, lorsque la lumière commençait à percer les brumes. On y voyait alors suffisamment pour trouver son chemin sans sombrer dans les marécages. 

Il n’était pas prévu que nous les regardions partir, une vieille superstition disait que voir partir les siens était les regarder mourir. Chacun dans sa case, le cœur lourd et la peur au ventre, nous attendions que l’aube nous arrache les nôtres.

Je n’avais pas réussi à fermer l’œil de la nuit et à plusieurs reprises, j’étais allé errer dans le village me donnant comme prétexte qu’il fallait que je tienne mon rôle de gardien et que je me devais de surveiller toute allée et venue suspecte. C’est pourquoi je ne l’ai pas vue partir.

Elle avait pris quelques maigres affaires et était sans doute allée se cacher derrière un arbre en attendant de voir passer les cinq voyageurs. Elle devait se dire qu’elle les suivrait jusqu’à ce qu’ils ne puissent plus la renvoyer et qu’ils n’aient d’autre choix que de la garder avec eux.

Elle avait inscrit quelques signes dans la terre du sol de sa case. Je ne savais pas lire mais je savais avec certitude que c’était un adieu.

Le cœur battant, je n’hésitais pas plus de quelques secondes et me mis à courir vers la sortie du village. Il fallait que je rattrape Sacha et que je la ramène au village. Elle était l’Avenir, je ne pouvais pas la laisser risquer sa vie. Et puis c’était mon amie, je me devais de la protéger.

Je courus aussi vite que je pouvais, surveillant chaque recoin où elle aurait pu se cacher. Je suis un pisteur hors pair et je sentis son odeur plusieurs kilomètres avant de l’apercevoir enfin. Elle marchait d’un bon pas, son baluchon sur l’épaule. Je criais afin qu’elle m’entende.

Elle s’arrêta et se retourna. Haletant, je me figeai face à elle.

-”Tu ne peux pas venir avec moi Max. Je t’aime plus que tout mais la Famille a besoin de toi, tu le sais. Moi je dois partir, c’est ma seule chance. Comprends-moi.”

Les yeux implorant, je ne pouvais que lui faire comprendre que nous ne pouvions pas nous séparer et que ma place était à ses côtés. Elle revenait avec moi maintenant ou bien…. ou bien je partais avec elle.

Des larmes perlaient au coin de ses yeux où je sentais tout l’amour qu’elle me portait.

Elle posa son sac à terre et m’attira contre elle.

-”Viens avec moi si tel est ton choix.”

Je posais alors ma truffe humide dans son cou, un gémissement de soulagement montant dans ma gorge. La main de Sacha caressait ma fourrure et je fermais mes yeux dorés quelques instants.

Puis elle reprit son sac et sans nous retourner, nous commençâmes notre voyage.

Le 24/12/2020

Nathalie

Catégories :Nouvelle

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8 réponses »

  1. Une petite merveille !! J’ai lu 2 phrases et impossible de m’arrêter.
    C’est captivant jusqu’à la chute génialissime. Bravo. La suite !?

  2. Tu sais combien j’aime les récits post-apocalyptiques. Tu te doutes donc que je me suis plongé dans ton histoire avec intérêt et curiosité.
    Une ambiance à la Pierre Bordage, que j’aime tant. Une narration qui fait penser à un livre de Simak, que tu aimes tant.
    Et comme c’est bien écrit, je me suis délecté de cette lecture. Bravo !

A vot' bon coeur m'sieurs dames...

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