Marpeau Elsa

Elsa Marpeau, L’expatriée

On a tendance à classer les romans dans des catégories, voire même des sous-catégories pour certains. « L’expatriée » d’Elsa Marpeau me paraît inclassable. Tant par son style que par son intrigue, il y a peu de chance pour que ce court roman se range facilement dans une boîte bien précise. Roman policier, psychologique, autobiographique ? Je serais bien en peine d’en choisir un seul, aussi je dirais qu’avant tout, ce roman est un métissage : une combinaison de genres, une association de styles.

Il y a de l’autobiographie et un personnage principal portant le prénom de l’auteure. Cette dernière ayant vécu à Singapour, elle a toute légitimité pour faire transpirer les images des pages de ce livre et pour décrire la vie des expatriés. On ne sait où commence et où s’arrête le réel, on le devine seulement.

Il y a le roman policier dont l’intrigue est presque secondaire, l’important étant le cheminement des pensées et des actes des personnages et le roman psychologique prend le pas sur le reste: L’oisiveté, l’ennui, l’amertume, le désabusement aussi. Tout contribue au délitement des vies des protagonistes.

L’ambiance est lourde et poisseuse comme le climat de Singapour. La torpeur qui émane des pages se confond avec l’air ambiant et c’est là que se révèle tout le talent d’Elsa Marpeau : dans cette façon d’amalgamer l’atmosphère de son roman à celle du pays. L’indolence est corruptrice et rend les pages presque pesantes à tourner.

Le style d’Elsa Marpeau est littéraire, à n’en pas douter. Le texte est parfois lourd de sens et recèle des phrases que j’aurais aimé pouvoir écrire tant les mots semblent à leur place et choisis avec le plus grand soin…

Moi, je descends tout un fleuve quand les autres, les gens sincères, commencent à peine à tremper leurs pieds dans l’eau. Je bois aux fontaines qui coulent dans ma tête, j’offre des festins imaginaires. Les oiseaux de paradis me tressent des nuages de plumes oranges et bleues. Je déverse des pluies d’or sur les mers desséchées. Les vents jouent des mélodies secrètes pour ceux que j’aime.

Mais ce que cache ce court roman aux accents bourgeois, c’est cette fascination pour la mort. L’expérience ultime, le morbide qui séduit. Un corps est le centre du récit mais c’est l’obsession de corps écorchés et désarticulés qui contrôle les actes et les pensées. C’est la perte qui domine et qui met sous emprise. Celle qui étouffe et qui fait se croire déjà mort.

« L’expatriée » est un court roman et un bel aperçu de la qualité d’écriture d’Elsa Marpeau. Le lecteur qui cherche l’alanguissement et une certaine doctrine de la vie ou de la survie l’y trouvera assurément.

Remerciements: Mon amie Geneviève du blog « Collectif polar » pour m’avoir fait découvrir ce roman.

4ème de couv’

 

«Plus tard, je me souviendrai de la nuit d’encre de son regard. Mais pour l’heure, en ce 1er juillet, l’impression s’estompe. Je suis happée toutentière par l’apparition qui, à l’autre bout de la piscine, vient de se matérialiser. Celle de l’Arabe blond.»

Expatriée à Singapour dans un condo chic peuplé de Français, Elsa voudrait commencer un nouveau livre mais elle tourne en rond, écrasée par la chaleur et le désœuvrement

. Sa vie change radicalement lorsque arrive Nessim, le nouveau Français de la résidence qu’elle baptise «l’Arabe blond». Il devient son amant jusqu’à sa mort, deux mois plus tard.

Assassiné de plusieurs coups de couteau. Parce qu’elle était sa maîtresse, Elsa devient vite aux yeux de tous la principale suspecte. Elle ne doit son salut qu’àl’aide de Fely, sa maid philippine. Mais le prix à payer sera élevé.

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37 réponses »

  1. Si, je suis doué pour découvrir les belle nouvelles plumes, si j’arrive à trouver le bon livre pour le bon lecteur, toi Nath tu es doué pour mettre en mot l’atmosphère des bouquins. Tu sais en montrer la quintessence. Et ça c’est pas donner à tout le monde ! Moi je suis juste bibliothécaire, c’est un beau et chouette job, je te l’accorde, mais je n’ai pas ton don pour donner cette folle envie de lire le livre qui se cache derrière tes mots.
    Voilà pourquoi quand j’aime un livre mais aussi son auteur, je me permet de te l’offrir pour que tu le magnifier.
    Tu vois tout cela est juste calculé, lol ! 😉
    Alors merci Dame Nath, d’avoir toi aussi aimé les mots et l’écriture d’Elsa ! 🙂 😀

A vot' bon coeur m'sieurs dames...

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