Coups de coeur

Elena Piacentini, Aux vents mauvais ♥

9782919174270_1_75Le roman noir utilise l’Homme dans tout ce qui fait de lui un être doué d’humanité. Il emploie le monde tel qu’il nous est offert et tel que nous le construisons et en extraie les quelques gouttes qui transforment parfois un être vierge en un monstre.

On ne naît pas monstre, on le devient.On ne choisit ni sa famille, ni le lieu où on voit le jour et le destin est injuste et parfois cruel : il décide en priorité de la personne que nous allons devenir, sans logique ni raison aucune. La première partie de notre vie est subie, le libre arbitre vient plus tard.

Ainsi naissent les monstres et ainsi ont-ils provoqués toutes ces réflexions sur la différence entre l’inné et l’acquis.

Elena Piacentini joue avec ce contraste tout au long de son roman. Elle l’utilise pour sculpter ses personnages. De la pâte à modeler qu’elle façonne à volonté selon leurs origines et leurs histoires. Leurs destins, pour la plupart tragique, sont autant de vies disparates et d’exemples de ce qu’une éducation peut engendrer : Du bon ou du mauvais. Une brise ou une tempête.coup-de-coeur

La brise, c’est cette humanité profonde qui se dégage des hommes et des femmes qui traversent ce roman. C’est cette richesse d’âme qu’ils possèdent et ces fantastiques rapports humains que certains d’entre eux échangent. C’est cette compassion pour leurs faiblesses et cette douceur qui exsude des mots de l’auteure.

La tempête c’est cette haine qu’elle pointe du doigt, cette intolérance et cette ignorance de l’Autre. C’est cette peur de la différence qui manipule les esprits étriqués et enfante des actes inconcevables. C’est aussi ces manipulations politiques à buts lucratifs qui arrachent des centaines d’enfants réunionnais à leurs familles afin de combler une désertification locale. Un exode en remplace un autre. Une déportation organisée et légale presque oubliée cinquante ans plus tard.

Elena Piacentini a trouvé là un équilibre solide. Son roman est le parfait paradoxe entre un zéphyr apportant doucement générosité et amour et une bise froide et glaciale charriant ce que l’homme a de plus vil.

Dans un courant d’air, l’auteure corse a apporté l’émoi qu’un excellent roman noir doit contenir. Elle a fait tomber quelques gouttes de pluie acide sur un gouvernement manipulateur et elle a enveloppé mon âme d’une douce brume, emportant alors qu’elle s’éloignait, quelques unes de mes larmes versées pour son talent.


 

4ème de couv’

 

Dans les caves d’une maison en démolition, la découverte d’un corps en position de gisant permet à Leoni de rouvrir un dossier de disparition. Nonelena-couv loin de Lille, les germes de la haine ont pris racine et tant pis pour l’illusion d’une campagne paisible. Le Corse est aspiré dans cette enquête avec le sentiment de perdre le contrôle des événements. Il n’est pas le seul, le lieutenant Thierry Muissen vacille et les destins des uns et des autres tourbillonnent, brassés entre passé et présent, à la merci d’un souffle puissant comme celui qui arracha Jean-Toussaint à sa terre et aux bras de Mamilouise pour le précipiter dans ceux de Marie-Eve. Que restera-t-il d’eux quand le rugissement des vents mauvais se sera tu ?

 

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25 réponses »

  1. Je lis votre chronique, je suis émue par la sensibilité et la fluidité avec laquelle vous transmettez l’émotion ressentie à la lecture. Je suis aussi touchée par les commentaires car je sens une chaîne de passion, celle qui porte les grands livres vers le plus grand nombre, même ceux qui sont loin des réseaux sociaux… Vous allumez l’étincelle, après tout, les bouches ne sont jamais loin d’une oreille ! C’est chouette d’être l’éditrice d’Elena!

    • Merci de tout coeur pour votre message. J’ai découvert Elena avec ce roman, autant dire que je ne passerai pas à côté des autres. Bravo d’éditer de si belles pépites 🙂 🙂

  2. Comme d’habitude, une très belle chronique qui transmet bien les émotions que t’a procuré cette lecture… J’avais découvert le Commissaire Léoni lors de son arrivée à Lille et j’avais bien aimé, le personnage et l’écriture. Je n’ai pas suivi tous les romans de la série, mais ta chronique enthousiaste aiguise mon appétit pour repiquer au truc.

  3. Héhé, tu l’as dévoré dis moi.
    M^me moi qui l’ai eu en avant première je n’en parlerai que samedi prochain !
    Et ce sera mon chouchou de la semaine, tu penses bien.
    Mais demain si tout va bien je devrais vous raconter ma petite rencontre avec Elena il y a 48h.
    Et j’espère bien la retrouver à SMEP en juin prochain. Gérard est Ok, reste plus qu’à convaincre Marie ! 😉

  4. Tu es super à la page, il vient à peine de sortir 😉
    Si je ne l’avais pas déjà commandé à mon libraire, j’irais me précipiter chez lui après la lecture de ta chronique

A vot' bon coeur m'sieurs dames...

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