Férey Caryl

Caryl Ferey, Condor

51WtU4kQbKL._SX195_Un pays écorché vif et des personnages qui le sont tout autant : tous les romans de Caryl Ferey sont construits sur des bases similaires. Toutes ses histoires sont créées sur fond de dictatures, oppressions et bidonvilles… à croire que l’auteur a pour vocation de dénoncer la cruauté et l’iniquité de notre monde. A croire que Caryl Ferey offre son âme de révolutionnaire à un peuple de lecteurs sourds et aveugles aux maux de cette planète, usant de sa prose comme d’un révélateur.

Et l’amour… parlons-en de l’amour ! Sa vision à lui n’est que souffrance et rédemption. Ses histoires d’amour sont à l’image de ses personnages : brutes, écorchées, passionnelles, désespérées… A croire que Caryl Ferey n’espère plus et ne croit plus en l’amour. A croire qu’il ne le voit qu’à travers un filtre fait de douleur et d’impossible.

Quant à sa prose…du lyrisme, des envolées, des poèmes… Ses mots sont ciselés avec soin pour mieux accompagner la violence de ses récits. Ils se suivent telle une petite armée faite de phrases contestataires, l’arme (larme) à l’épaule, un chant indigène et barbare rythmant leur marche. Partant en croisade contre les injustices, prêts à en découdre avec les régimes totalitaires.

A force de lire Caryl Ferey, on lit en lui comme dans un livre ouvert.

Ses romans sont comme un amant exigeant, demandant une attention constante. Ils sont passionnants, intelligents et pétris de bonnes intentions mais ils sont aussi instables et fragiles. La moindre échappée en fait perdre le fil et alors ils s’éloignent, perdant de leur superbe, leur charme paraissant soudain moins éclatant.

Cet amant-là, je n’ai pas su l’apprécier à son exacte valeur. Je n’ai pas su lire en lui comme j’aurais du. Il m’a paru si accaparant, si insatiable…ses personnages s’emmêlaient dans mon esprit, ils ont mis du temps à prendre leurs places. Je les confondais, ne sachant mettre un visage sur chacun d’entre eux et quand ce fut enfin le cas, la magie avait cessé d’opérer. C’était trop tard.

Je me suis même surprise à rester de marbre face à la poésie de Caryl Ferey, abdiquant devant un passage entier de texte noir et fantasmagorique, comme si par là-même, je dédaignais une part de son âme. A trop le négliger, j’en ai perdu ce qui faisait sa grâce et sa beauté.

Pourtant, son récit était passionnant. L’Histoire dans l’histoire apportait une profondeur sans égale et a nourri mon esprit d’événements et de tragédies que pour la plupart, j’ignorais. Le voyage était à la fois beau et sombre, peuplé d’indiens Mapuche et bercé de magie.

On y laisserait des larmes de douleur et d’empathie. On pourrait s’y noyer sans espoir d’en réchapper. Mon investissement devait être trop instable et ce roman d’une qualité d’écriture criante a glissé de mes mains sans que je cherche à le retenir ni que j’en comprenne le pourquoi.

Paradoxe malheureux qui n’enlève rien au très grand talent de l’auteur. Une âme de véritable écrivain , un cœur de poète. Sans conteste.

 

 

Humeur musicale

Un magnifique poème de Léo Férré mis en musique par Noir Désir. Une lecture musicale est prévue par Bertrand Cantat sur les textes de Caryl Ferey.

 

 

 

4ème de couv’

Condor, C’est l’histoire d’une enquête qui commence dans les bas-fonds de Santiago, submergés par la pauvreté et la drogue, pour s’achever dans2785090592 le désert minéral d’Atacama…
Condor, c’est une plongé dans l’histoire du Chili, de la dictature répressive des années 1970 au retour d’une démocratie plombée par l’héritage politique et économique de Pinochet…
Condor, c’est surtout une histoire d’amour entre Gabriela, jeune vidéaste mapuche qui porte l’héritage mystique de son peuple, et Esteban, avocat spécialisé dans les causes perdues, portant comme une croix d’être issu d’une grande famille à la fortune controversée…

 

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37 réponses »

  1. Ben alors ma Nath, il se passe quoi là ?
    Bon ok, c’est du Ferey , ça ressemble à du Ferey, ça a la saveur d’un Ferey.
    Bref c’est un super polar. Mais oui si on le compare à Zulu, là, on est loin du compte.
    En attendant Ferey reste un sublime conteur du noir.
    Et rien que pou rcela ce titre mérite d’être lu !

  2. En lisant ta chronique, fort bien argumentée et venant des tripes, j’ai ressenti instinctivement un habillage musical sur du Noir Désir et…
    Belle journée et week-end!

  3. hello
    tu dis si bien les mots que l’on n’a pas encore lu,
    tu dis si bien tes ressentis qu’on a quand même envie d’essayer,
    j’ai lu Zulu qui m’a laissée , grâce à toi encore une fois, quelque chose d’ineffaçable face a ce vaste monde …
    a bientôt ma soeur

  4. Quelle merveilleuse chronique !!! J’adore ton armée de mots Hihihi c’est excellent !
    J’ai beaucoup apprécié Condor pour toutes les raisons dont tu parles si bien. J’adore l’écriture de Caryl ce qui ne va pas te surprendre et j’adore ses personnages. Et quelle belle histoire d’amour 💖💖💖
    Et comme toi j’ai moins aimé la partie poésie punk et destroy qui est criptyque pour le béotien que je suis 😝

  5. Quelle belle manière de faire passer ton ressenti. Je trouve aussi que ce titre est en dessous des précédents, même si ça reste un bon roman

  6. Et bien tu vois, tu me donnes une féroce envie de découvrir cet auteur! J’aime la poésie dans les thrillers !!!Je pense que je vais kiffer alors à mon avis cet auteur sera bientôt dans mon programme!!!!;)
    Merci de ton honnêteté, car même si tu n’as pas accroché plus que cela, tu arrives à faire sortir ce qu’il y a de mérite à découvrir cet auteur!!!J’adore ta douceur et ta façon de faire les chroniques ! Mouahhhhhhhhhhh

  7. Je n’ai lu que « Zulu » de cet auteur. Je l’ai aimé tout en ressentant un certain « malaise ». En lisant ta chronique sur « Condor », je me demande si mon « malaise » n’était pas lié à l’exigence que l’écriture de Ferey requiert. Peut-être …
    Je me demandais si j’allais tenter une nouvelle fois l’expérience … et ta chronique ne m’apporte pas réellement de réponse. Mais elle a le mérite de réveiller mon intérêt pour cet auteur … 🙂

    • j’ai adoré Zulu. Pour moi, son meilleur roman. Je n’ai pas retrouvé dans celui-ci ce que j’avais tant aimé dans les précédents. Peut-être y trouveras-tu ton compte. Ca vaut le coup d’essayer en tout cas, Ferey est un poète dans le paysage du polar 🙂

A vot' bon coeur m'sieurs dames...

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