Manook Ian

Ian Manook, La mort nomade

la-mort-nomadeD’aussi loin que mon regard porte, je ne vois qu’une étendue infinie tapissée d’herbe verte et dominée par quelques sommets irréguliers. Ça et là, quelques yourtes disséminées à travers le paysage ainsi que quelques nomades conscients de la suprématie de la nature et lui rendant grâce.

J’entends le galop des chevaux résonner dans la plaine et rebondir contre les versants des montagnes et je le vois : Yeruldelgger, fidèle compagnon depuis quelques années déjà. Il a changé depuis notre dernière rencontre : je sens en lui comme une colère contenue et maîtrisée de force. Je le sens vieilli et fatigué de l’Homme, épuisé par la corruption de son beau pays, aimanté par sa culture et ses traditions.

Il s’assied devant moi, conscient que le moment est important. Qu’un adieu ne peut se faire sans un instant tel que celui-ci et il me raconte…

Il me parle de sa Mongolie courant à sa perte à cause de l’avidité des hommes et du capitalisme outrancier qui abîme sa steppe si chère à son cœur. Il m’explique le progrès exponentiel qui l’effraie et qui tue l’emploi et les manœuvres politiques qui lui échappent. Il me raconte ces machines créées par l’homme pour pallier à ses faiblesse et il évoque du bout des lèvres cette folie qui fait courir l’humanité à sa perte.

Dans ses yeux, je peux lire toute la tristesse qu’il ressent pour ses pairs. Yeruldelgger sait qu’il ne peut combattre à lui seul cette insatiabilité. Il regarde ses mains marquées par le temps et sait qu’elles ne pourront changer ce pays. Encore moins ce monde.

Alors, ses yeux se plissent et j’y aperçois une humanité infinie. De celle qui vous étreint le cœur et qui refuse d’être oubliée. De celle qui parfois, se transforme en humour tragi-comique pour mieux exorciser les pires moments d’une vie.

Il me confesse, l’esprit apaisé, que son histoire est terminée, que la place doit être laissée à d’autres. Qu’il y’a tant d’hommes et de femmes prêts à prendre le relais. Que lui, n’est qu’une minuscule goutte d’eau dans un océan.

Moi, je lui dis qu’il est unique. Que je n’oublierai pas. Ni son courage, ni sa colère, ni sa violence, ni son amour. Je lui crie mon amitié, espérant encore qu’il changera d’avis, mais je sais déjà que mes efforts sont vains et qu’il s’en ira quoiqu’il advienne.

Alors Yeruldelgger se lève doucement, monte sur son cheval et dans un regard, me dit adieu. Il s’éloigne lentement, me laissant presque triste. Quand plus loin il se retourne une toute dernière fois, je vois dans ses yeux l’apaisement auquel il aspirait. Il me fait un signe de la main et dans un souffle, je lui promets qu’il me manquera.

 

 

Humeur musicale

Un des rares titres cités dans le roman. Une belle découverte.

 

4ème de couv’

102020711

 

Yeruldelgger, commissaire de police à Oulan Bator, souhaitait prendre une retraite bien méritée mais ce sera pour plus tard : un enlèvement, un charnier, un géologue français assassiné et une empreinte de loup marquée au fer rouge sur les cadavres de quatre agents de sécurité requièrent ses services.
Une plongée dans les malversations des compagnies minières et les traditions ancestrales mongoles.

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35 réponses »

  1. je suis l.homme vieilli et fatigué, mais la houle irisée du vent à porté jusqu’à.moi la nostalgie de tes adieux. Alors je retiens mon cheval et je regarde encore mon pays. L’ombre du vent sur la steppe, les chevaux affolés de tant d’espace et de liberté, le ciel ourlé d’un impossible orage. Je vois tout ce que tu as aimé et que j’emporte avec moi, mais je veux te répondre pour apaiser ta peine qui enfle mon regret : les âmes nomades ne meurent jamais, elles deviennent des légendes vagabondes qui éclairent nos vies buissonnières…

  2. Je n’ai pas encore fait mes adieux à Yeruldelgger, je reporte chaque jour qui passe cette dernière plongée en Mongolie. Et tes mots me touchent tellement que je vais encore reporter celle-ci . Dieu qu’ils sont beaux tes adieux, j’espère que les miens seront à la hauteur le temps venu. Car je ne veux pas quitter Yeruldelgger qui a été une fantastique rencontre de ces dernières années.
    Merci ma Nath pour cette superbe chronique tout en sensibilité.

  3. coucou ma sœur,
    non, là je suis malheureuse de la fin de cette trilogie (pas encore tout à fait finie) mais puisque tu lui dit au revoir, l’on ne le reverra plus ?? tout cet amour écrit et lu , l’on ne le reverra plus??
    moi qui était partie avec lui dans les paysages de cette Mongolie….
    encore une fois ta chronique n’a d’égal que ton amour des belles histoires, dites avec tant d’amour, que j’en suis sure, tu as du verser une larmouillette…
    encore bravo pour cette du fond du cœur et du fin fond de la Mongolie.

  4. Un truc à trois ??? Heu, on se calme là, les filles ?? 😆 Oui, je suis grivoise parce que la grivoiserie me sauve de la lecture de ta chronique qui allait me rendre les yeux humides tant c’était beau cette rencontre entre toi et Yerul… parce que j’ai lu le roman, parce que j’ai mal de voir les horreurs perpétrées par l’homme, parce que ça me soulève le coeur de savoir que moi aussi je suis coupable parce que je profite du progrès et parce que je repense à la fin de cette trilogie…

    Vite boire du café pour oublier…. mais pas pour oublier ton talent d’écriture ! Ça non !!!

  5. je vais t’avouer quelque chose, je n’ai jamais lu l’auteur ! et pourtant j’ai eu l’occasion d’aller l’écouter à une table ronde il y a un an ou deux, et c’est aussi pour le coup un formidable raconteur d’histoire ! va falloir que je comble cette lacune d’autant que j’ai ses trois bouquins sur mon étagère ! mais du de faire des choix dans toutes ces magnifiques lectures qui nous tendent les bras ! Belle, très belle chronique quoi qu’il en soit concernant ce roman ! 😉

    • Merci mon copain 🙂 Je comprends que les choix sont difficiles.. Malgré tout, tu devrais vraiment le découvrir car cet univers et ces personnages sont uniques. Quant à l’auteur, c’est un homme extraordinaire, passionnant et très drôle. Un peu comme son héros… Des bisous 🙂

  6. C’est beau ce que tu dis là! Et moi qui ne connais pas encore yeruldelgger tu en dis tellement du bien que j’aimerais le découvrir. Merci

A vot' bon coeur m'sieurs dames...

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