Vermes Timur

Timur Vermes, Il est de retour

1507-1Perplexité.

Voilà le mot qui a été mon fil conducteur dans une grande partie de ce roman et qui a pris toute son ampleur dans les dernières pages.

L’idée de départ était osée. Faire « ressusciter » Hitler en 2011 et le confronter au monde moderne qui est le nôtre était suffisamment ingénieux pour intriguer et il faut dire que cela fonctionne et soulève une montagne de questions.

Bien sûr, le sujet du voyage dans le temps a été traité de nombreuses fois et l’auteur ne crée là, rien d’original dans le fond mais le roman prend une autre tournure et se focalise sur la volonté d’Hitler à récidiver sa propagande des années 20 lorsqu’il voulait accéder au pouvoir, l’utilisation des médias et des nouvelles technologies lui ouvrant des perspectives inouïes… Chacun d’entre nous peut imaginer ce que peut en faire un Kim Jong-un ou autre aliéné du même acabit…

L’auteur force le trait en le projetant en personnage principal narrant lui-même sa découverte des smartphones, de You Tube ou d’un simple sac plastique. Les situations cocasses prêtent souvent à rire, les quiproquos créés par les différences de langage sont parfois même savoureux et que dire du regard d’Hitler sur les émissions culinaires et la télé-réalité…

Nul doute que l’auteur n’a pas souhaité rendre le personnage sympathique. Cependant et malgré le portrait ridicule, condescendant et pompeux dont il attribue le dictateur, j’ai trouvé qu’il l’humanisait parfois et cela m’a profondément dérangé alors même que je savais dès le départ que la notion de premier degré devait être totalement écartée pour aborder cette lecture. Malgré mon ouverture d’esprit, je n’ai pu éviter les mille images ignobles que nous avons tous pu voir et quand bien même ce roman soit au final une mise en garde, le traitement qui en a été fait ne m’a pas paru suffisamment approprié, voire même inachevé.

Mais le problème majeur est ailleurs…et soulève une question trop souvent posée ces dernières années : Peut-on rire de tout ? Peut-on rire d’Hitler ? La réponse est propre à chacun et dépend de nos propres limites et de notre vécu. Le tout étant d’accepter que ces limites soient parfois dépassées par d’autres… vaste débat qui emporte sur la voie de la tolérance ou de son contraire.

En tout état de cause, « Il est de retour » est un roman intéressant pour la réflexion qu’il apporte et pour ce droit d’expression indispensable qu’il applique. Peut-être n’ai-je pas mis assez de légèreté dans ma façon de le percevoir, peut-être en attendais-je une farce plus appuyée, peut-être aurais-je aimé rire à gorge déployée en imaginant un monstre couvert de ridicule, peut-être aurais-je voulu être rassurée par une fin explicite…

Mais Timur Vermes se sert de l’humour pour désacraliser l’innommable et aussi pour dénoncer des dangers insidieux ou certaines visions déformées des médias, ce qui nous rappelle que certains ont perdu la vie en défendant le simple droit de faire rire…En cela, il est remarquable.

 

 

Humeur musicale

Je ne pouvais pas passer un côté des provocants Rammstein…

4ème de couv’

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Succès inouï en Allemagne, traduit dans trente-cinq langues, bientôt adapté au cinéma, « Il est de retour » est un véritable phénomène. Entre Chaplin, Borat et Shalom Auslander, une satire aussi hilarante que grinçante qui nous rappelle que face à la montée des extrémismes et à la démagogie, la vigilance reste plus que jamais de mise.

Soixante-six ans après sa disparition, Hitler se réveille dans un terrain vague de Berlin. Et il n’est pas content : quoi, plus personne ne fait le salut nazi ? L’Allemagne ne rayonne plus sur l’Europe ? Tous ces Turcs qui ont pignon sur rue sont venus de leur plein gré ? Et, surtout, c’est une FEMME qui dirige le pays ?
Il est temps d’agir. Le Führer est de retour et va remettre le pays dans le droit chemin. Et pour ça, il lui faut une tribune. Ça tombe bien, une équipe de télé, par l’odeur du bon filon alléchée, est toute prête à lui en fournir une.
La machine médiatique s’emballe et bientôt, le pays ne parle plus que de ça. Pensez-vous, cet homme ne dit pas que des âneries ! En voilà un au moins qui ne mâche pas ses mots. Et ça fait du bien, en ces temps de crise…
Hitler est ravi qui n’en demandait pas tant. Il le sent, le pays est prêt. Reste pour lui à porter l’estocade qui lui permettra d’achever enfin ce qu’il avait commencé…

 

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34 réponses »

  1. Un livre qui ne m’a pas tenté du tout. J’avais quelques à priori et j’aime pas avoir des à priori. C’est la pire des choses, celle qui mène à la méfiance et au delà à l’indifférence ou pire l’intolérance. Mais j’avais des doutes, car pour traiter d’un tel sujet il faut avoir un certain talent. Et là visiblement l’auteur n’a pas totalement maîtriser son sujet. Et comme toi, j’aurai été profondément déçue.
    Alors merci, tu as réussi à me rassurer, j’ai eu malgré tout le bon feeling en ne lisant pas ce titre. Merci pour ça aussi mon amie ! 😉

  2. Le désacraliser n’est pas si mal, je trouve, le remettre à sa place, celle d’un homme et pas un dieu est bien, ça évite que certains crétins ne le mettent sur un piédestal. Peut-on rire de tout ? oui, mais pas avec tout le monde… et relativiser le fait que ce salaud a vu encore pire après lui puisque Mao, Staline ne sont pas mieux et font pire dans le score des morts, ce qu’on oublie aussi de rappeler. Y doit pas en avoir que pour ce…. *insultes*. Mais ceci n’est que mon avis et je ne minimise pas l’horreur qu’il a mis en place.

    • Je suis d’accord avec toi. Le monde voit passer trp d’horreurs malheureusement… Le roman a cela du bien qu’il met en garde contre les dictateurs actuels et de la force de propagande via les moyens modernes. On voit les dégâts que les extrémistes font grâce aux réseaux sociaux….

  3. Et ce qu’on peut rire de tout et de tout le monde ? Ma réponse est oui.
    Est-ce-que j’ai encore de rire avec ce genre de personnage ? Ma réponse, qui m’est personnelle, est clairement et définitivement non

  4. Tu as raison, c’est un sujet compliqué mais je me dis que désacraliser le personnage qui est devenu un mythe (malfaisant certes) peut contribuer à amoindrir la fascination malsain de certains pour cet etre qui a commis et fait commettre l’innommable.

A vot' bon coeur m'sieurs dames...

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