Langer Adam

Adam Langer, Le contrat Salinger

CVT_Le-contrat-Salinger_1253La page blanche de mon traitement de texte me nargue et me défie de sa virginité. Je l’observe d’un œil perplexe en m’interrogeant sur la meilleure manière de la déflorer et je commence des phrases mais les efface aussitôt, peu satisfaite de l’entrée en matière. L’inspiration tente de s’accrocher mais ses mains sont glissantes ce matin et capturer mon cerveau vagabond n’est pas une mince affaire. Alors je tape quelques mots clés deci-delà, tentant de les relier avec suffisamment de fantaisie pour y laisser ma marque. Je reprends mes notes, cherchant en vain une introduction accrocheuse. Je relis les quelques lignes péniblement couchées sur mon écran mais les trouve poussives et insignifiantes.

Contrariée, je roule en boule de papier virtuelle cette chronique inefficace et prépare un lancer franc dans la corbeille quand, interrompant mon geste, je réalise que je tiens le préambule que je cherche vainement depuis des heures. Frappée moi-même par les affres de la création, voilà le souffle qu’il me fallait pour imager « Le contrat Salinger ».

C’est un roman étrange et atypique que celui-là. Comme toutes les parutions Super 8 il recèle quelques originalités, la plus significative étant le nom du personnage principal. Adam Langer s’est projeté au centre de son roman sans pour autant paraître mégalo, un vrai challenge.

Critique du monde littéraire et de ses travers , ce roman fait la part belle à quelques personnages savoureux et représentatifs de cet univers qu’on ne croirait pas si cruel. De l’art d’écrire des romans à buts lucratifs, Adam Langer dénonce, sans en avoir l’air, l’esprit commercial qui plane sur les maisons d’édition.

La fascination de l’écriture et l’appropriation d’un livre prennent également une grande place au centre de ce roman. L’attrape cœur de Salinger en est un parfait exemple. Livre controversé et parfois même censuré aux États Unis, il aurait inspiré l’assassin de John Lennon. Conjecture ou non, le thème de l’influence ouvre des perspectives intéressantes et Adam Langer s’en sert avec brio.

Il m’est presque difficile de parler de ce roman inclassable et pourtant il y aurait tant de choses à en dire. Tout écrivain transpire de l’angoisse de cette fameuse page blanche et lorsque le succès et la reconnaissance arrivent enfin, souffre de la possibilité de réitérer ou non cet exploit. Salinger, encore lui, se retira peu après le triomphe de « l’Attrape Cœur » et ne fit plus éditer un seul de ses écrits. Un écrivain n’est-il fait que pour écrire un seul (bon) roman ? Combien d’entre nous se sont vus déçus par une seconde œuvre ou par une suite ?

J’ai entendu quelque part qu’un premier roman est toujours plus ou moins autobiographique. Les autres seraient soit moins bons, soit un éternel recommencement de la même histoire déclinée de manière différente.

« Le contrat Salinger » n’est pas le premier roman d’Adam Langer mais il a cela de spécial qu’il me semble personnel. L’écriture intelligente et l’implication évidente de l’auteur sont un gage de qualité, même s’il m’a manqué ce je-ne-sais-quoi qui en ferait un roman inoubliable à mon sens. Original et décalé, on appréciera le côté critique légèrement acerbe d’un monde dont nous sommes nombreux à rêver.

 

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Humeur musicale

L’album Tubular Bells de Mike Oldfield est cité dans le roman. Ce morceau rappellera beaucoup de choses aux fans de L’Exorciste.

4ème de couv’

imagesJournaliste sur le retour, Adam Langer s’ennuie loin de New York. Jusqu’à ce que sa route croise celle d’une vieille connaissance, Conner Joyce – auteur de thrillers à succès sur le retour –, venu à Bloomington, Indiana, pour assurer péniblement la promotion de son dernier roman. Bientôt, Conner révèle à Adam qu’il a reçu une offre des plus étonnantes : celle d’un certain Dexter Dunford (« Dex »), homme d’affaires richissime flanqué d’un inquiétant garde du corps, qui lui propose d’écrire un roman rien que pour lui, moyennant une rétribution considérable. Où est le piège ? Le contrat, précise Conner, s’assortit de certaines clauses bien spécifiques : d’abord, le livre rejoindra la collection privée d’exemplaires uniques de Dex, pour lequel ont déjà travaillé des écrivains aussi renommés que Thomas Pynchon, Norman Mailer ou J.D. Salinger, et disparaîtra avec lui. Ensuite, Dex se réserve le droit d’apporter quelques modifications au manuscrit. Pour finir, l’accord doit rester absolument secret.

Tandis qu’Adam devient le confident exclusif de Conner, l’attitude de Dex à l’égard de son ami devient de plus en plus inquiétante, et les problèmes s’accumulent. L’homme n’a évidemment rien d’un philanthrope, et le contrat que Conner a signé commence à ressembler à un pacte faustien.

Thriller psychologique d’une facture tout à fait unique, Le Contrat Salinger, qui brosse au passage un portrait au vitriol du paysage littéraire contemporain, est à la fois une formidable réflexion sur la façon dont la réalité et la fiction peuvent s’alimenter jusqu’à la dévoration, et une construction palpitante faite de rebondissements ingénieux et de révélations en cascade – un roman gigogne au goût de vertige qui tiendra son lecteur en haleine jusqu’à la toute dernière page.

Super 8, aout 2015

 

 

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29 réponses »

  1. Lire une de tes chroniques est un toujours un moment particulier pour moi tant je suis systématiquement sous le charme de ta plume et de tes formules… 😍😍😍

  2. Le genre de chronique tellement bien écrite qu’elle ne fait que rendre hommage à l’inspiration (même difficile à trouver). Un jour, tu écriras ton propre livre, je le sais

  3. Quel beau billet une nouvelle fois.
    Encore un livre qui m’a plu et que je n’ai pas pu, pas su chroniquer.
    Alors que toi, avec ton talent habituel tu me fais revivre un beau moment de lecture de ce dernier trimestre.
    Merci Dame Nath.

A vot' bon coeur m'sieurs dames...

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