Whitehead Colson

Colson Whitehead, Nickel boys

Voilà un roman qui est à mes yeux un parfait paradoxe.

D’un côté il y a les fondations, le fond. Une toile tout d’abord vierge sur laquelle Colson Whitehead vient apposer ses coups de pinceau et ses couleurs. L’auteur s’inspire d’un fait divers réel pour construire son récit, il y met toute l’ardeur de ses origines, guidé par les horreurs commises au nom de la ségrégation.

On est au-delà de l’empathie. Tout lecteur, si tant est qu’il ait un cœur, ne peut que ressentir la compassion la plus totale face à une telle histoire. Sans vouloir débattre sur les injustices de ce monde, ce genre de roman permet de ne pas oublier ce que les Hommes sont capables de faire. Ou de ne pas faire.

Un sujet tout en profondeur donc, qu’on ne peut ignorer. L’auteur le traite presque avec délicatesse sans pour autant épargner certains détails sordides. La réalité se doit d’être racontée sans être édulcorée.

Cette facette de « Nickel boys » est fédératrice, cependant la seconde devient tout à fait subjective. La forme: ce qui rend un roman inoubliable ou ordinaire, ce qui déclenche des émotions ou laisse de marbre.

En l’occurrence, les avis sont presque unanimes pour ce roman récompensé par le prix Pulitzer, excusez du peu !

Malgré cela, j’ai dû m’accrocher à ce récit qui m’a semblé plein de longueurs inutiles, abusant de pages qui auraient méritées d’être remplies de plus de sentiments et d’émotions. Les personnages souffrent d’un manque de développement et je ne les ai guère aimés si ce n’est pour leur triste destin.

Le style de l’auteur ne m’a pas séduite, sans doute suis-je devenue difficile à charmer. L’espace-temps est parfois compliqué à cerner entre certains chapitres, comme un trou noir sans fondu enchaîné. Déstabilisée, je ne reconnaissais parfois ni le «où», ni le «quand».

Paradoxe donc…d’un roman au sujet profond dont je me souviendrai et puis de ce même roman qui ne m’aura pas enflammée et que j’oublierai.

4ème de couv’

Dans la Floride ségrégationniste des années 1960, le jeune Elwood Curtis prend très à cœur le message de paix de Martin Luther King. Prêt à intégrer l’université pour y faire de brillantes études, il voit s’évanouir ses rêves d’avenir lorsque, à la suite d’une erreur judiciaire, on l’envoie à la Nickel Academy, une maison de correction qui s’engage à faire des délinquants des « hommes honnêtes et honorables ». Sauf qu’il s’agit en réalité d’un endroit cauchemardesque, où les pensionnaires sont soumis aux pires sévices. Elwood trouve toutefois un allié précieux en la personne de Turner, avec qui il se lie d’amitié. Mais l’idéalisme de l’un et le scepticisme de l’autre auront des conséquences déchirantes.

Couronné en 2017 par le prix Pulitzer pour Underdground Railroad puis en 2020 pour Nickel Boys, Colson Whitehead s’inscrit dans la lignée des rares romanciers distingués à deux reprises par cette prestigieuse récompense, à l’instar de William Faulkner et John Updike. S’inspirant de faits réels, il continue d’explorer l’inguérissable blessure raciale de l’Amérique et donne avec ce nouveau roman saisissant une sépulture littéraire à des centaines d’innocents, victimes de l’injustice du fait de leur couleur de peau.

 

4 réponses »

  1. Coucou Nathalie,
    J’ai beaucoup aimé ce livre pour ma part, tant pour le sujet traité, que pour sa façon de le faire. Je suis sûrement plus facile à séduire que toi…
    Et le rebondissement final m’a laissé sur le c…
    Des bises, copine…

  2. Alors je confirme que tu es difficile à séduire ! des années que tu refuses d’aller au bal du village avec moi ! 😉 Blague à part, j’ai acheté ce bouquin et que je compte lire, sans savoir quand tant ma pile est haute. Mais ton avis détonne de tout ce que j’ai pu lire jusqu’ici, ce qui fait qu’il est intéressant. Je ne manquerai pas lorsque je le lierai d’avoir à l’esprit tes critiques pour voir si je les partage. Bien sûr je te dirai çà le moment venu ! bisou ! 🙂

    • J’ai trop peur que tu me marches sur les pieds….t’as vu ton gabarit ? 🤣

      Je sais que je suis à contre courant avec ce roman et pourtant j’en ai entendu énormément de bien moi aussi.
      C’est tellement subjectif tu sais…
      Des bises !

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