Manook Ian

Ian Manook, Mato Grosso

« Lire un roman, c’est aimer croire un mensonge »

Sur cette phrase, issue des méandres de l’imaginaire de Ian Manook, je pourrais disserter sur des pages et des pages. Je pourrais argumenter ou contre-argumenter mais cela ne servirait en rien ce roman. Il suffit simplement de sortir ces mots de leur contexte et d’aborder cette histoire l’esprit vierge de toute attente, comme si l’on espérait rien de « Mato grosso », si ce n’est un plaisir éphémère et une découverte radicalement différente des précédents écrits de l’auteur.

Dans cette unique condition, le lecteur habitué à la prose mongole de Ian Manook pourra faire preuve de l’objectivité nécessaire pour aborder ce voyage en Amérique latine. Il tombera les vêtements chauds et se protégera du soleil acharné comme il s’est protégé du froid intense. Il s’immergera dans l’histoire d’un pays paradoxal et réfléchira sur le massacre des indiens amazoniens comme il a pu s’apitoyer sur le destin des peuples de la steppe mongole. Il sera neutre et équitable.

Puis il découvrira, comme je l’ai fait, l’hommage à Stefan Zweig. Si comme moi, il n’aura jamais lu ce dernier, il ne pourra que deviner les références disséminées ça et là dans le texte. Il ne pourra que frôler ce tribut sans en connaître les fondations. Il se reprochera même d’avoir autant de lacunes sur des classiques qu’il ne prendra jamais le temps d’effleurer.

Au fur et à mesure de sa lecture, il verra les richesses du style et du décor. Il emportera avec lui les jolies phrases et une culture étrangère inconnue jusque là. Il entrera dans la folie mensongère d’une relation passionnelle et malsaine, de celle qui emprisonne l’autre et qui fait présumer que son être tout entier nous appartient. Enfin, il apprendra que cette possession n’est qu’illusoire et que l’on peut posséder un corps mais jamais un esprit.

Au final, il refermera un livre qu’il aura aimé. Peut être. Ou qu’il aura détesté. Possiblement. Mais il retiendra les conséquences des vérités que l’on couche sur le papier, des morceaux de vie qu’un auteur mêle ostensiblement ou non dans un récit imaginaire. Il se demandera si chaque écrivain met un peu de lui dans chacun de ses romans et se posera même ces questions:

Un livre est-il meilleur lorsque l’intime y est présent ? La vérité est-elle acceptable lorsqu’elle se mêle au mensonge ?

Qu’il ou elle se rassure : Les réponses ne sont que subjectives.

.

 

Remerciements: Albin Michel et Babelio

 

4ème de couv’

 

 

Un jeune voyageur fait halte dans une petite ville du Mato Grosso. Là, il se lie d’amitié avec quelques personnalités du cru, dont le commissaire Santana, et tombe amoureux d’Angèle, une jeune française exilée. Il la séduit mais elle le délaisse après leur seule nuit d’amour pour un journaliste venu enquêter sur une sombre histoire de corruption. Jaloux et malheureux, il s’attire les foudres de la petite communauté des notables du village, et finit par être expulsé du Brésil par Santana, qui lui conseille d’aller se faire oublier deux ou trois mois de l’autre côté de la frontière. Haret obtempère, mais continue à ruminer son échec amoureux, l’humiliation de cette exclusion. De retour au Brésil, il assassine son rival, puis se confie à Santana qui le force à fuir… Des années plus tard, Haret a couché sur le papier cette histoire, et a été publié. Invité au Brésil, sur les lieux mêmes de l’intrigue, pour en parler, c’est Santana, de son vrai nom Figueiras, qui le reçoit et qui lui révèle les conséquences funestes de son roman sur les protagonistes de l’histoire…

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14 réponses »

  1. coucou, je l’ai reçu hier,
    ne pourrais le lire que dans un mois, un mois c’est long sans livre…
    mais bien sur ta chronique me laisse le droit de rêver à ce que je vais en découvrir….
    mon envie n’en est que plus forte, il faudra que je m’arme de patience, je vais avoir un retard de fou ou de folle.
    bisous

      • voilà, je l’ai lu, pas déçue, bien au contraire.
        encore un livre qui m’aura fait découvrir d’autres contrées, on arrive mème à ressentir la moireur étouffante de ce pays, la senteur enivrante des parfums exhalés, la simplicité de la vie des habitants, la complexité des autres, tout ça mélangé avec tendresse, merci monsieur Manook

  2. Quel beau retour! Comme d’habitude, tu le dis joliment bien 😉 … Je n’arrête pas de le voir partout celui ci! Je suis en retard sur les sorties de cet auteur, mais celui ci me branche bien! Bisous féériques ma douce….:*)

    • Roooo je culpabilise à fond là parce que j’ai à nouveau pris du retard chez toi. … 😯
      Merci ma bichette ! Tu devrais lire les Yeruldelgger quand même. .. 😉

A vot' bon coeur m'sieurs dames...

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