Cleave Paul

Paul Cleave, Ne fais confiance à personne ♥

« Il faut toujours écrire sur ce qu’on connaît et faire semblant pour le reste »

Issue de ce roman, cette phrase est sans doute psalmodiée par de nombreux auteurs lorsqu’on leur demande leur secret. Paul Cleave ne fait pas exception à la règle, il n’a su résister à la sirène qui lui susurrait à l’oreille des idées de roman mettant en scène un écrivain.

Combien sont tombés dans les griffes de ces enchanteresses ? Combien se sont fait dévorés par ces créatures, leurs frêles esquifs se fracassant contre les rochers d’un sujet parfois peu maîtrisé? Attachés à leurs mâts et luttant contre ce chant ensorcelant, certains ont eu la force de lutter quand d’autres avait le talent pour sombrer.

N’a pas le don d’un Stephen King qui veut…

Paul Cleave n’a pas envoyé son navire vers le fond. Il a tenu la barre. Très haute. Il a gardé le cap sans tomber dans les pièges grossiers tendus par une mer d’idées déchaînée. Il a su respecter le sujet sensible de la maladie comme un vieux marin respecte l’océan. Ça secoue dans tous les sens, les vents sont violents et angoissants. Alzheimer est omniprésente, telle une Scylla terrifiante cachée derrière une Charybde vite oubliée.

Le capitaine Cleave est presque un vieux loup de mer maintenant et ce roman est très certainement le plus personnel qu’il ait écrit. Ses pages se tournent et se tournent encore sans qu’on puisse arrêter ce besoin assoiffé d’en connaître l’aboutissement. Et quel aboutissement…

Le terme de roman chorale schizophrène vient presque à l’esprit. L’angoissant mal de mer que l’auteur réussit à insuffler dans ce récit bouleverse sans même qu’on ait besoin d’être touché par cette maladie infamante qu’est Alzheimer. Seraient-ce ses propres terreurs que Paul Cleave aurait couchées sur papier ? Créer et puis un jour… ne plus se souvenir qu’on est capable de le faire. Inventer et puis un matin… ne plus se rappeler de son propre nom. Sinistre naufrage.

« Ne fais confiance à personne » est une île dans l’océan personnel de l’écrivain. Le seul pont qui la relie au reste de son œuvre est le décor perpétuel des romans de son auteur : Christchurch, ville gangrenée et mortifère où nul n’accoste par hasard.

Paul Cleave a écrit sur ce qu’il connaît, pour le reste il a fait semblant. Combien d’auteurs aimeraient faire tout cela avec autant de talent ? Mais c’est Cleave… c’est bon, c’est noir, c’est indispensable.

 

 

4ème de couv’

Il y a pire que de tuer quelqu’un : ne pas savoir si on l’a tué.

Les auteurs de thrillers ne sont pas des personnes très fréquentables. Ils jouent du plaisir que nous avons à lire d’abominables histoires, de notre appétit pour des énigmes qui le plus souvent baignent dans le sang. Nous ne sommes pas très raisonnables. Ce jeu dangereux peut parfois prendre des proportions inquiétantes. Leurs ouvrages peuvent nous donner des idées regrettables, favoriser un passage à l’acte aux conséquences funestes. Eux les premiers, qui pensent connaître toutes les ficelles du crime parfait, ne sont pas à l’abri de faire de leurs fictions une réalité. Prenez par exemple Jerry Grey, ce célèbre romancier, qui ne sait plus très bien aujourd’hui où il en est. À force d’inventer des meurtres plus ingénieux les uns que les autres, n’aurait-il pas fini par succomber à la tentation ? Dans cette institution où on le traite pour un alzheimer précoce, Jerry réalise que la trame de son existence comporte quelques inquiétants trous noirs. Est-ce dans ses moments de lucidité ou dans ses moments de démence qu’il est persuadé d’avoir commis des crimes ? Quand la police commence à soupçonner les histoires de Jerry d’être inspirées de faits réels, l’étau commence à se resserrer. Mais, comme à son habitude, la vérité se révèlera bien différente et bien plus effroyable que ce que tous ont pu imaginer !

Entre Shutter Island (Dennis Lehane) et Un employé modèle, Paul Cleave signe sans conteste avec Ne fais confiance à personne son chef d’œuvre.

Paul Cleave est né à Christchurch, Nouvelle-Zélande, en 1974. Ne fais confiance à personne est son sixième roman publié chez Sonatine Éditions.

 

31 réponses »

  1. Doit-on encore lire le roman après avoir découvert ta superbe chronique ??? NON !!! 😀

    Déjà que si je le lis je devrais me fendre d’une chronique qui n’arrivera même à l’orteil de celle-ci 😛

Répondre à lacavernedupolar Annuler la réponse.

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